|
Presse de l'année 2005:
| |
TEL QUEL Mars
2005 |
|
| |
Affaire. Qui a
tué l’hakem ?
| |
Ahmed Nabih,
le juge assassiné (DR)
|
Qui a tué Ahmed Nabih ? En 2000, le corps d’un juge communal est
découvert dans la province de Settat. L’enquête ouverte a pointé du doigt des proches de Basri, mais
aucune suite n’y a été donnée. Retour sur un crime crapuleux sur fond de vendetta.
Le meurtre du juge communal de Sid El Aydi a eu lieu dans la nuit du 24 juillet 2000, à quelques
kilomètres du village, mais cinq ans plus tard, le dossier qui est aujourd’hui sur le bureau du juge
d’instruction de Settat n’est pas encore prêt à livrer tous |
|
ses secrets. Ahmed
Nabih faisait fonction de juge communal, mais son
rôle véritable se limitait à éviter justement
d’envoyer les paysans devant la justice en réglant
sur place les litiges. L'ancien résistant,
reconverti en juge chargé des affaires communales de
ce village jouissait d’une grande estime auprès de
la population locale.
Qui a-t-il croisé sur le chemin ? Pourquoi l'a-t-on
tué et avec une telle sauvagerie de surcroît ?
A-t-il été victime d'un règlement de comptes ? Cinq
ans après, les langues ont du mal à se délier, à Sid
El Aydi, tout le monde connaît l’histoire, en
aparté, on avance même les noms des meurtriers mais,
ici, l’omerta est de règle. Nous sommes dans la
province de Settat, le fief de l’injustice érigée en
mode de gestion et si Basri a disparu, ses hommes,
ses parlementaires, ses réseaux et ses méthodes,
elles, sont toujours en vigueur. Les personnages qui
sont soupçonnés d’avoir commis ce meurtre sur fond
de vendetta sont d’ailleurs trop mouillés avec
l’ex-ministre de l’Intérieur et gardent toujours
beaucoup de pouvoir dans la région. Conséquence, du
côté des paysans, on réfléchit à deux fois avant
d’exprimer le fond de sa pensée.
Dans la petite gargote qui sert de café aux
villageois, entre quelques gorgées de thé sucré, on
se laisse plutôt à évoquer le personnage. Le notable
avait bonne réputation. Juge communal, il savait
particulièrement trouver les mots, les formules, les
arrangements pour régler les litiges, ô combien
nombreux, dans ce Maroc profond, à l’amiable. C’est
pour cela que son meurtre perpétré dans la nuit du
25 juillet 2 000 avait bouleversé le village. Ce
jour là, le vieil homme, dont les faits et gestes
étaient réglés sur les heures de la prière avait
quitté sa ferme après le coucher du soleil avant de
prendre la route pour Settat. En fin de soirée, sa
femme, inquiète de ne pas le voir revenir, cherche à
savoir où il aurait bien pu aller .Le vieil homme
demeure introuvable. Alertés au petit matin, les
gendarmes écartent très vite l'hypothèse de la
fugue, cela ne ressemble pas vraiment au vieux
monsieur et considèrent alors cette disparition
comme réellement inquiétante. Le lendemain,
plusieurs dizaines de gendarmes sont mobilisés, une
vaste battue organisée avec des chiens renifleurs et
une mobilisation spontanée de la population.
Interrogés, les employés de la ferme du défunt ont
confirmé que leur patron avait quitté la ferme vers
20 heures, le 24 juillet 2000. Le défunt avait pris
l'habitude de prendre avec lui à son retour El Baji
Rahal, un des employés de sa ferme qui n'avait pas
accompagné le défunt le soir du 24 juillet,
prétextant un malaise
Le 25 juillet 2000 vers 9 Heures 30, les gendarmes
vont trouver le corps du septénaire gisant et
baignant dans une mare de sang étendu sur le siège
droit de sa voiture, en rase campagne, à quelques
dizaines de kilomètres de la ville de Settat. Le
corps portait des traces de mutilations par arme
blanche, le moteur était encore en état de marche,
ce qui suppose que les criminels ont été obligés de
prendre la fuite précipitamment. L’autopsie,
effectuée quelques heures après sa mort, faisait
état d’un meurtre commis avec une grande sauvagerie.
"Les meurtriers avaient sans doute voulu l'achever.
Ils l'avaient frappé arec une telle force et en
plusieurs endroits qu’on se demande bien quelle
haine motivait ces meurtriers pour s’acharner avec
autant de sadisme sur un vieillard de 77 ans",
confie-t-on au Parquet. Sans aucune explication
logique, la première chose que les gendarmes ont
faite ce matin là, ce fut d'ordonner aux sapeurs
pompiers le lavage de la voiture malgré l'opposition
du frère du défunt, éliminant par la même occasion
toutes traces de sang, d’empreintes, qui pouvaient
aider à trouver les coupables. Pourtant, les
enquêteurs de la gendarmerie, qui avaient en charge
le dossier, disposaient là d'éléments qui auraient
pu faire l'objet d'analyses scientifiques : des
cheveux et des fibres retrouvés sur le corps de la
victime, des traces de sang et de vomis dans sa
voiture.
On sait également que le vieillard a opposé une
résistance farouche à ses bourreaux. Des traces de
lutte en témoignent. De profondes entailles dans ses
mains montrent qu’il a notamment tenté de s’opposer
aux coups de couteau assénés par ses agresseurs. Du
coté de la gendarmerie, on ne veut pas trop
s’expliquer sur ces zones d’ombre dans le suivi de
l’enquête. Après l'échec de la gendarmerie royale
dans l'identification des coupables de ce crime, le
procureur du roi auprès de la cour d’appel de Settat
va confier l’enquête à la Brigade Nationale de la
Police Judiciaire le 28 mars 2001. Les enquêteurs de
la BNPJ ont pu interroger le témoin clé présent sur
les lieux du drame quelques instants après
l’assassinat, un chef de chantier, un certain
Erraoui Ahmed, qui a disparu depuis lors. D’après ce
témoin, une jeep grise conduite par un certain
Dalouadi Mustapha roulait à tombeau ouvert tous
phares allumés en provenance du lieu du crime.
Obligé de s’arrêter pour laisser passer le
chauffard, Erraoui a reconnu un certain Dalouadi
Mustapha au volant et n’a pas eu le temps de
dévisager l’autre passager.
Pourtant, malgré ses déclarations contradictoires et
l’absence d’alibi pour la nuit du 24 juillet 2 000,
Dalouadi Mustapha ne sera jamais inquiété .Or il
s’agit du cousin du défunt . Un cousinage ponctué de
haine et de vendetta qui remonte à plusieurs
décennies .Dernier litige en date, une histoire de
terres obtenues par usage de faux par le fameux
Dalouadi Mohamed, frère de Mustapha, pharmacien de
son état, patron de plusieurs sociétés, qui a fait
fortune grâce à l’appui de Driss Basri. Les terres
appartiennent à plusieurs membres de la famille de
Nabih, dont sa femme .Dalouadi Mohamed qui occupait
en 2 000, le poste de vice-président de la commune
de Sid El Aydi était accusé d’avoir falsifié des
actes de vente sur la base de fausses cartes
d’identité. Le juge communal avait réussi à mettre à
jour la machination ; ce qui a conduit en 2 000, les
juges du tribunal de première instance de Settat à
condamner l’inculpé à trois mois de prison ferme
pour faux et usage de faux.
Encore une fois et contre toute logique, la BNPJ a
conclu qu'il n’y avait "aucune piste pour arriver
aux coupables en faisant remarquer notamment que
toutes les preuves scientifiques ont été supprimés
par le lavage de la voiture par la gendarmerie" !
Aujourd’hui, le dossier de l'assassinat est toujours
entre les mains du juge d'instruction, la famille de
la victime espère toujours que cette enquête va
aboutir. Des dizaines de correspondances ont été
écrites. Même le président Jacques Chirac a été
saisi par l’un des fils de la victime, qui dispose
de la nationalité française. Nabih Mohamed,
gynécologue de son état a également lancé un site
Web intitulé www.assassinat.info pour obtenir
justice pour son père. "Nous ne sommes animés par
aucun sentiment de vengeance, mais aujourd’hui,
alors que les assassins sont encore libres, nous
voulons que la vérité sur ce meurtre éclate au grand
jour" ! Rappelle-t-il, la voix pleine d’amertume. |
|
|
|
|
| |
|
|
|
|